Jugements sur les parts de Albumasar

 

Jugements sur les parts de Abû Ma‘shar (IX s ap JC) Texte revu et corrigé

 

Texte arabe traduit et annoté en italien par Giuseppe Bezza

Le 8ème livre de « la grande introduction de la Science des jugements sur les étoiles » 

de Abû Ma‘shar est entièrement consacré aux parts, sahm, (pl. sihâm) ; sa première signification est « flèche », cfr. sahm al-râmî, la flèche de l’archer, qui indique la constellation du Sagittaire, mais qui signifie aussi part, portion, par analogie au grec klêros. Le livre se compose de 9 chapitres.

  1. La raison de l’extraction des parts.
  2. Sur l’origine des différentes parts et de leurs noms.
  3. Les Parts des sept planètes.
  4. Les Parts des douze lieux.
  5. Les Parts qui ne sont pas énumérées avec les sept planètes ni avec les douze lieux.
  6. Liste de toutes les parts qui sont au nombre de 97.
  7. Concomitance des parts dans un même lieu.
  8. Connaissance de la signification générale des parts.
  9. Connaître quelques significateurs des autres significateurs

Nous vous donnons ici la traduction du texte arabe des chapitres 1, 3, 7 et 8.

Le chapitre 4, traduit de la version byzantine, a été publié dans Arcana Mundi, II, pages 981-997 ; il abrège et résume le texte original en plusieurs points.

Le texte arabe a été publié en 1996 par Richard Joseph Lemay de l’Institut Universitaire Oriental de Naples ; il a aussi pourvu à l’édition critique des deux versions latines médiévales : celle de Jean de Séville et celle de Armand de Carinthie.

Les variantes des versions latines sont signalées, respectivement,  par les notes de Johannes et Hermanus.

 

 

 

 

 

8,1. Les raisons de l’extraction des parts.

 

Les anciens auteurs de la science astronomique (1) ont traité les parts de manière succincte et personne d’entre eux ne nous a précédé dans cet art qui nous décrit la force de ces parts par rapport au départ des actions et à leurs issues, par rapport à la naissance et à la révolution des années, que se soit au niveau généthliaque ou mondiale. Et la pratique de ces parts s’est tellement diffusée que lorsque quelqu’un veut considérer une cause particulière, comme par exemple les moyens de vie ou les conditions des frères, des parents et similaires, il n’observe pas la maison (bayt) pertinente et son maître, ni l’état des autres planètes en rapport avec elle, mais considère directement la part de cette maison, son lieu, son maître, et cela sur base de ce qu’exprime le jugement.

Hermès et tous les anciens, entre les perses, les babyloniens et les grecs, disent qu’il faut observer la maison (bayt) qui a signification sur la chose donnée, son maître (2), l’astre qui signifie la chose par sa propre nature et la part qui est en relation avec cette signification, son lieu en signe (burûj), l’état de son maître par rapport à elle, la conjonction des astres à la part, les aspects qu’elle reçoit, sa direction (tasiyyr) et son passage (intiqâl) de signe en signe. De cette manière, ils jugeaient les effets significatifs. Et nous retenons que ceci est le mode correct d’un jugement.

 

Quant à la nécessité de l’extraction des parts, cela est évident pour celui qui comprend la signification des astres (kawâkib) et cette extraction à deux raisons :

Premièrement :  lorsque les astres se rapprochent l’un de l’autre ou lorsque l’un d’eux est conjoint ou séparé de l’autre (3) d’une quantité d’un degré, ou moins ou plus, il se produit en eux un tempérament (mizâj) et une signification sur le bien ou le mal, qui sont différents de ceux montrés dans les temps plus anciens . Et cela se manifeste davantage quand nous sommes en face de deux planètes ayant signification sur une même chose en raison de leurs significations naturelles. C’est le cas du soleil et de Saturne, car tous deux ont une signification sur l’état du père. De ce fait, il est nécessaire de connaître la distance entre ces deux astres à chaque instant du temps (4) et de là pouvoir évaluer l’importance significative, des deux significateurs, leurs forces, leurs faiblesses à un instant donné du temps. C’est la raison pour laquelle les anciens extrayaient les parts.

 

La deuxième raison repose sur le fait que ce que les étoiles (al-nujûm) signifient peut être connu et traité de la conjonction de deux ou trois significateurs  sur une seule chose. Maintenant, il se peut que leurs significations soient similaires dans l’action de signifier ; il se peut aussi que pour une seule chose, il y ait deux significateurs, l’un nocturne et l’autre diurne ou que l’un de ceux-ci soit plus fort dans l’action de signifier que l’autre, ou que l’un de ceux-ci signifie le début et l’autre la fin. Néanmoins, et dans tous les cas,  leurs significations sont similaires. Pour cette raison l’extraction des parts et leur emploi sont nécessaires, et les anciens ont considéré vers quel significateur penche la part, et jugèrent sur cette base là.

 

Disons que la signification de la part est la connaissance de la distance entre deux significateurs qui signifient une même chose par signification naturelle, et sa présence en un lieu certain de la sphère. Donc, si ceci est la raison de la définition de la part, il est évident qu’il n’est pas possible de connaître le lieu s’il ne donne pas trois significateurs, dont deux sont naturels (5) et immobiles et le troisième en mouvement. Les deux significateurs naturels qui sont immobiles dans leurs significations expriment une signification sur la distance qui existe entre eux, puisqu’ils se partagent, en force de leur nature, la signification de cette chose. Maintenant, le significateurs de départ, dans le jour et dans la nuit, est le premier significateur et l’autre le second significateur. Quant au troisième significateur mobile, il est celui d’où se lancent les degrés. Ils dirent donc : pends  l’intervalle qu’il y a entre ceci et cette planète en signe, en degrés et minutes égaux, et lancez-le du degré naissant, ou d’un quelconque autre lieu ou astre, à raison de 30 degrés à chaque lieu (signe, burj) et là où il tombe, là est la part dans ses degrés et minutes.

 

Le motif, pour lequel ils lancèrent l’intervalle existant entre deux significateurs au départ de l’ascendant, repose sur deux raisons. Premièrement : le jugement sur une chose donnée veut que cela concerne le bien ou le mal, et peut être exprimé quand il y a exacte connaissance du lieu du significateur par rapport à l’ascendant. Maintenant, si la signification consiste dans la quantité de la distance qui existe entre les deux significateurs (immobile ou naturel), il est nécessaire que cette quantité soit lancée de l’ascendant pour savoir où il se trouve par rapport à l’ascendant. La deuxième raison est que l’ascendant est significateur des corps et des commencements : pour cela, il se lance de l’ascendant. Cependant, leurs projections peuvent aussi venir de l’une des maisons du cercle (6) ou d’une quelconque planète, pour autant que cette maison ou cette planète soient du même genre que cette part. Et puisque l’ascendant et les maisons du cercle d’où est lancée la distance bouge continuellement à chaque moment du temps, le troisième significateur a été nommé mobile (muntaqil) dans sa signification. Dans les parts, ils se servirent ensuite des degrés égaux. Et ceci ils le firent, parce que la planète bouge en cercle (dawra) sur l’axe de l’orbite des signes (falak al-burûj), en même temps qu’elle progresse dans l’orbite des signes (falak al-burûj).De la même manière, l’ascendant est calculé en degrés du cercle des signes, et les degrés du cercle des signes sont des degrés égaux. Si le praticien dit : la planète est dans un signe donné et dans un degré donné, et que de la même manière l’ascendant est dans un signe et degré donnés, tout ceci est considéré en degrés égaux qui constituent les degrés du cercle des signes et pour cela ils se sont servis dans les parts des degrés égaux. En outre, les degrés des ascensions sont les degrés du cercle qui embrassent (7) le cercle des signes et qui inclus le cercle des signes et les autres cercles ; et selon Ptolémée, entre l’axe du cercle que tous embrassent et l’axe du cercle des signes, il y a 23°51 minutes.

 

8,3. Les parts des sept planètes

Dans le chapitre précédant, nous avons déjà  présenté une vue détaillée des parts. Maintenant exposons l’ensemble de leurs seules significations. Il faut savoir qu’une part ne s’extrait pas si elle ne donne pas deux significateurs qui signifient une seule chose par signification naturelle. Maintenant, lorsqu’il y a deux planètes qui sont concordantes dans l’action de signifier une seule chose et égales dans l’action de bien agir (8), mais que l’une de celle-ci soit au moment donné plus forte que l’autre en fonction de sa hairesis, nous commencerons le calcul au moment où celle des deux planètes est plus forte à l’hairesis. Posons, à ce sujet, le Soleil et Saturne, qui ont comme point concordant la signification de la condition du père, et qui sont égaux par leur hairesis, étant donné que tous deux sont diurnes. Néanmoins, le Soleil est plus fort dans le jour et donc, dans l’extraction de la part du père, nous devons commencer dans le jour par le Soleil. Ensuite, s’il y a concordance dans la signification de la même chose, comme dans l’exemple donné précédemment, mais que l’un des astres est diurne et l’autre nocturne, nous commencerons dans le jour par celui diurne et dans la nuit par celui nocturne. Par exemple, le Soleil et la Lune sont concordants dans la signification du bien-être, et pourtant l’un des deux est diurne et l’autre nocturne. Donc, dans l’extraction de la part du bien-être, nous commencerons dans le jour par le Soleil qui est diurne et dans la nuit par la Lune qui est nocturne.

S’il arrive que l’une de celle-ci soit plus forte que l’autre dans la signification, on commencera, soit le jour, soit la nuit, par la plus forte. Si ensuite la signification était en condition égale aussi bien dans la maison (burj) que dans son maître, on commencera plutôt par le seigneur de la maison (burj) et on finira par les degrés de la maison : la maison en vérité est confortée dans sa signification par la signification de la planète et de la chose qui lui est inhérente ; On peut néanmoins initier à partir de la maison quand celle-ci a plus de force dans sa signification. Ensuite, ils entrent en coparticipation avec les « deux » significateurs, l’ascendant, le lieu du cercle donné ou les planètes données selon la nécessité.

 

Sahm al-qamar, sahm al-sa’ada-t
La part de la Lune qui est la part du bien-être

La première des parts est celle qui s’extrait du Soleil et de la Lune, du fait que le Soleil est la plus splendide des étoiles du ciel (al-falak) et qu’il est le luminaire du jour et du bonheur, son apparition fait naître le jour. Cela a une signification sur la vie physique, la suprématie, la gloire, les rois, l’empire, le règne, le domaine, la prudence, diverses possessions, choses précieuses, en somme tout ce qui a prestige et valeur ; cela représente la fortune des hommes dans l’honneur, l’autorité, le domaine et les modes les plus variés pour ce qui est des possessions. Quant à la Lune, elle est luminaire de la nuit et du bonheur, et détient la  signification sur les corps, sur les plantes et sur tout ce qui en cours de venue dans ce monde. Maintenant, puisque le Soleil est luminaire du jour et la Lune luminaire de la nuit, les anciens calculèrent cette part en commençant, du jour, dans la fortune diurne, laquelle est le Soleil, et finirent par la fortune nocturne, qui est la Lune, par degrés égaux ; de la nuit, de la Lune nocturne au Soleil diurne, et ensuite ajoutèrent à ces degrés ceux déjà résultant du lieu ascendant, ou du degré ascendant, par degrés égaux, et lancèrent ensuite ceux-ci du début du lieu naissant, donnant à chaque lieu 30 degrés. Et là où arrive le numéro, les anciens disent que là se situe cette part. Et si entre eux les luminaires se trouvaient à la même minute, cette part serait dans la minute qui naît.

Cette part est appelée part du bien-être, et cela signifie les mêmes choses que celles signifiées par les luminaires, mais les qualités particulières qu’elle signifie concerne l’âme(nafs), sa chance et sa vigueur, tant concernant la vie et ses corps, sa richesse et sa pauvreté, que l’or et l’argent, ce qui est agréable et difficile, la louange et la bonne renommée, l’exaltation qui naît de l’autorité, le soutien, le règne, le pouvoir, l’élévation et tout ce qui est désirable. Elle signifie entre autre ce qui est présent et ce qui est absent, ce qui est apparent et ce qui est caché, elle signifie aussi le secret (9), le début des actions et des intentions.

Cette part prime sur les autres parts à l’instar du Soleil qui prévaut en splendeur sur les étoiles ; elle est la plus haute et la plus noble d’entre les parts. De cette manière, comme entre les étoiles du ciel il n’en est pas une qui soit plus lumineuse, plus splendide, plus notée que lui, le soleil est unique dans ses conditions par rapport aux autres étoiles. C’est pourquoi quand sa disposition est bonne pour elle, pour sa condition, pour son lieu, elle signifie les bonnes fortunes ; ceux du règne, de l’autorité, des possessions et de ce qui est notoire, précieux et rare. Mais ces choses les hommes ne les obtiennent pas si, parmi eux,  il n’en n’est pas de favorisés qui, du fait de leurs propres conditions, dépassent les conditions des autres, et ces derniers sont ceux-là qui, dans leur propre nativité, ont les luminaires et la part de fortune en excellent et louable lieu.

Et cette part a pris le nom de part de la Lune et de son ascendant, et cette part est dite ascendant de la Lune, puisque les anciens affirmèrent que quand tu multiplies le temps parcouru de l’heure du jour par les parties horaires et donc quand tu lances le produit du lieu de la Lune par degrés égaux, tu tombes dans le lieu de la part du bien-être. Et nous avons essayé par l’expérience et avons trouvé que l’on tombe fréquemment près de ce lieu.

 

 

Sahm al-sams, sahm al-gayb
La part du Soleil, part de l’occulte (Nouveau)
 

Puisque l’altération œuvrée par les étoiles, par augmentation ou diminution de la substance, n’apparaît dans aucune chose, autant que l’altération œuvrée par le luminaire nocturne qui est la Lune et, étant donné qu’il n’y a aucune étoile du ciel qui signifie l’être ou la croissance de l’être, les anciens initieront à compter la part de l’occulte pour le jour de la lune au Soleil par degrés égaux,et pour la nuit du Soleil à la Lune, et ils ajoutèrent la somme obtenue à ce qui naît au début du lieu (burj) qui monte, c’est-à-dire à ses degrés et minutes, et ils le lancèrent du début du lieu ascendant donnant à chaque lieu trente degrés, et la dite part se trouve là où il rejoint le numéro.

Et cette part est appelée part de l’occulte, elle vient après la part du bien-être et de celle-ci provient  la signification qui concerne l’âme et le corps et leurs conditions et entre autres sur la ligne de conduite, sur la prophétie,  sur la vie pieuse,  sur les secrets, sur la pensée (fikra-t) et les intentions, sur les choses cachées et secrètes et sur tout ce qui est absent, sur l’humanité et la générosité, sur le chaud et le froid.

 

Cette part et la part du bien-être sont les plus remarquables de toutes les autres parts et leurs significations sont plus claires sur chaque chose absente ou présente, sur le commencement des actions ou des intentions, dans les révolutions des années du monde et des naissances. Et la signification de la part du bien-être est plus élevée dans le jour, et à celle-ci suit celle de la part de l’occulte, alors que dans la nuit la part de l’occulte a une signification plus claire et que, à celle-ci suit la part du bien-être.

Maintenant, en se référant de manière continue aux luminaires et aux étoiles qui errent de signe en signe, les temps changent et des altérations se produisent dans notre monde selon des proportions de chaud et de froid et autres genres de changements sur base desquels adviennent la vie et la perdition des vivants. De la même manière, puisque les parts sont extraites des degrés des deux luminaires ainsi que des planètes restantes, il en résulte qu’en vertu de leur migration de lieu en lieu, ces deux premières parts et les autres parts ont une signification sur le bien ou le mal ainsi que sur l’ampleur et la restriction, soit dans la naissance, soit dans la révolution des années, soit dans les débuts des actions, soit dans les interrogations. Et ces deux parts, du bien-être et de l’occulte, signifient les mêmes choses signifiées par les luminaires. Toutefois, certains maîtres de l’art avaient une opinion différente concernant les noms de ces parts, étant donné qu’ils appelaient la part du bien-être celle du Soleil et la part de l’occulte celle de la Lune.

 

Notes

  1. ashab sina’a-t al-nujum
  2. sahib
  3. al-uhui, lemay : al-sahib
  4. fi kull waqt min al-waqat
  5. tabi’iyy, naturel, indique ce qui est par nature ou par essence : les deux significateur naturels ont chacun une propre essence, qualité, tempérament, e cela exclus leur mobilité.
  6. min ba’d buyut al-falak
  7. muhit
  8. hayr,johannes lit hayyz
  9. damir
  10. hadd
  11. hadd, Johannes : numerus, Hermannus : numeri atque termini.
  12. sahm al-habar
  13. za’il, Johannes : remotus.
  14. Les parts de la pérégrination et de la substance se font du maître de la maison de la pérégrination ou de la substance aux degrés de la même maison. Pour cela, ces parts données peuvent avoir un ou deux significateur et non plus.
  15. hubut, Johannes : dans sa déclinaison

Glossaire:

de Marco Fumagalli de l’Associazione Cielo e Terra

 

Hairesis:

Est la condition diurne ou nocturne d’un astre, son appartenance à une des deux parties ou factions: celle du jour ou celle de la nuit; la concordance dans l’hairesis des planètes dominantes et le moment de la géniture (diurne ou nocturne) est fondamentale pour le jugement : les planètes qui respectent sa propre hairesis ( en géniture diurne, les diurnes et en géniture nocturne, les nocturnes) fonctionnent en mode meilleur, selon nature et justice; Celles qui ne respectent pas la propre hairesis fonctionnent en mode contraire, avec obstacles et difficultés. Le respect de l’Hairesis n’indique pas une meilleur force de la planète mais un meilleur mode pour fonctionner. Les autres conditions de respects pour l’haresis sont pour les diurnes, être au-dessus de l’horizon, avoir la lumière croissante et être en signe masculin, pour les nocturnes être en-dessous de l’horizon, avoir la lumière décroissante et être en signe féminin.

 

Traduction française Marie-Luce Piette ©

 

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